Tous les articles par Julia Bianchi

LE CORPS UTOPIQUE OU IL FAUT TUER LE CHIEN

Un chien dans un jeu de quilles.

Un jeune punk, un gendarme, un vieux monsieur et une secrétaire sont réunis pour une conférence qui doit être donnée aux spectateurs. Mais rien ne se passera comme prévu. Un parpin tombe du plafond, le vieux monsieur ne retrouve pas son chien, le jeune punk provoque le gendarme qui le lui rend bien, la secrétaire, elle, tente de calmer le jeu. Rien ne va plus. Le spectacle, qui commence doucement, devient un vrai bazar où le burlesque se mêle à la performance physique et où l’absurde règne en maître.

Il faut prendre ce spectacle comme il vient et se laisser porter. Nikaulaus, le clown philosophe, nous embarque dans son univers déjanté où la poésie n’est jamais absente comme en témoigne ce formidable numéro de jonglerie, où il tient une balle en équilibre sur sa tête tout en se contorsionnant. C’est justement dans ce qui flanche qu’il faut chercher le cœur du travail de Nikaulaus : un rapport aux objets, à ce qui trouve un équilibre dans l’instable et à la surprise, ce qui prend vie. Celle–ci se décline ici au travers des différents acteurs ; des acteurs dont les âges illustrent les grandes périodes de la vie : la jeunesse, l’âge mûr et la vieillesse et qui se passeraient le relais. Seule la femme trouve ici un place intemporelle. Elle incarne tout à elle seule : l’ange et le démon, la vieillesse et la jeunesse, la laideur et la beauté.
C’est drôle, poétique et foutraque. A voir en famille.

LE CORPS UTOPIQUE OU IL FAUT TUER LE CHIEN !
Une idée de Nikaulaus
Mise en scène : Christian Lucas
Avec Medhi Azema, Pierre Byland, Ode Rosset, Nikaulaus.
Crédit Photo: Martin Wagenhan

Du 19 au 29 septembre 2017
19 >21 sept, 26>29 sept : 20h
23 sept à 19h et 24 sept à 17h

Durée : 1h30

Nouveau Théâtre de Montreuil-Centre Dramatique National
Place Jean Jaurès
93100 Montreuil ( M° Mairie de Montreuil)
Réservations : 01 48 70 48 90

Du 3 au 7 octobre 2017 : Théâtre de la Croix Rousse ( Lyon)

JAZ

Alexandre Zeff met en scène le beau texte de Koffi Kwahulé à la Chapelle du Verbe Incarné. Celui-ci parle d’un sujet délicat : le viol, mais surtout d’un parcours de résilience, celui de la femme –Jaz- victime de ce crime. Pour incarner ce personnage, le metteur en scène a choisi une comédienne lumineuse avec une palette de jeu considérable et un talent certain pour le chant : Ludmilla Dabo.

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A 90 DEGRÉS

C’est le soliloque d’une femme, celui d’une chute lente, que Frédérique Keddari-Devisme a écrit et mis en scène aux Théâtre des Halles à Avignon. Une femme (formidable Elisabeth Mazev), en proie l’alcoolisme, raconte son mal de vivre, son inadaptation au monde. Un spectacle à voir pour la performance de l’actrice, un sujet peu abordé au théâtre notamment du point de vue féminin et la découverte d’une auteure.

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DEFAITE DES MAITRES ET POSSESSEURS

En adaptant le roman de Vincent Message – Prix Orange du Livre 2016- Nicolas Kerszenbaum livre un spectacle puissant sur notre condition d’être au monde. Cette fable futuriste qui, au premier abord, raconte une histoire d’amour poignante trace les lignes d’un plaidoyer pour l’humanité et le vivre ensemble. Servi par deux comédiens époustouflants d’intensité retenue, Défaite des Maîtres et possesseurs est un des plus beaux spectacles de ce festival 2017.

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DEPUIS L’AUBE (ODE AU CLITORIS)

S’il y a eu Les monologues du vagin de Eve Ensler, on comptera désormais Depuis l’aube (Ode au clitoris), un spectacle d’environ une heure qui décrit, décrypte -souvent avec humour, parfois avec gravité- cet endroit de l’anatomie féminine très méconnu, sujet à fantasmes et trop souvent maltraité : le clitoris.

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UN ETE A LA LOGE

C’est l’été au Théâtre de la Loge ! Et pour ouvrir le bal, deux événements cette semaine. Le premier fut le concert d’Annika and the Forest, que nous avions interviewée en avril dernier à l’occasion de la sortie de son nouvel album She. Le second intitulé « Rien en s’oppose à la nuit » ouvrait le festival Summer of Loge. Cette soirée, organisée par Mélissa Phulpin et Candy Nguyen, est un rendez-vous qui a lieu tous les deux mois au Théâtre de la Loge à Paris. L’idée est de proposer au public une rencontre mêlant musique, création artistique et gastronomie.
Ces deux temps ont mis en lumière des artistes féminines et ont montré combien la scène musicale indépendante est créative et talentueuse.

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CLARA LUCIANI: UN MONSTRE DE TALENT!

Le 28 avril dernier est sorti le magnifique « Monstre d’amour », premier EP de Clara Luciani, auteure-compositrice-interprète qu’on avait pu apercevoir au sein du groupe La Femme en tant que guitariste. La voix chaude de la chanteuse nous entraine dans les méandres de la séparation amoureuse : textes remarquablement écrits, sons léchés et élégants. Les quatre titres du disque alternent entre lenteur et rythmes plus soutenus et laissent supposer que le talent de la demoiselle n’a pas fini de nous régaler. Rencontre avec une artiste moderne et pétillante.

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SHE

Après le splendide EP A piece of She sorti en septembre 2016, Annika and the Forest nous offre un album d’une densité rare où la relation à l’Autre et à soi-même est le cœur d’un questionnement profond et poétique. Fidèle à sa ligne pop-mélancolique, Annika Grill déploie son art de la nuance et de la variation avec un sens de la composition peu commun. Des textes ciselés, des airs entêtants : on pourrait penser -et à juste titre- que She est un recueil de tubes. Ce serait trop facile si ce n’était que cela. Et ce serait réducteur. Derrière ces mélodies qu’on fait siennes immédiatement, on trouve un véritable projet artistique qui se nourrit et mûrit au long cours. Lumineux par l’évidence qu’il dégage, She fait partie de ces disques dont on ne se lasse pas et qui se révèlent d’écoutes en écoutes. Un album indispensable. Un coup de maître.
Rencontre avec Annika Grill, artiste aux multiples talents.

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MON CŒUR

Courage, luttons !

Inspiré de l’affaire du médiator, ce coupe-faim qui, en fait, était un antidiabétique et qui fut prescrit à des milliers de personnes -en majorité des femmes- afin de perdre du poids, Mon Cœur relate l’histoire de Claire Tabard, dont la vie bascula en avalant ces pilules. Au travers de témoignages recueillis auprès de victimes, Pauline Bureau dessine une histoire sordide et scandaleuse et révèle, le cynisme d’une société haineuse des êtres, prête à sacrifier ses enfants sur l’autel d’un capitalisme galopant.

Claire Tabard est une personne ordinaire, une jeune maman qui ne parvient pas à perdre le poids qu’elle a pris pendant sa grossesse. Elle est seule à élever son enfant. Entre les biberons, les couches, le travail, la nounou, impossible d’aller à la salle de gym. L’été approche. Son médecin lui prescrit alors un coupe-faim pour l’aider à éliminer. Claire tabard avale les gélules. Commence une descente aux enfers : souffle au cœur, impossibilité de marcher, de danser. De vivre. Elle finira sur une table d’opération pour une intervention à cœur ouvert. Il faut changer les valves de celui-ci, qui ont l’âge de son arrière grand-mère.
Entre–temps, le docteur Irène Frachon recoupe des témoignages, réunit des preuves pour rendre compte de la dangerosité du médiator. Elle écrira un livre, témoignera à la radio. Les deux femmes vont alors se rencontrer et lutter ensemble afin d’obtenir réparation auprès de la firme fabricante du médicament.

Un propos qui va bien au-delà du fait divers.

Pour qui aura vu Dormir cent ans, le précédent spectacle de Pauline Bureau, Mon cœur pourra paraître plus convenu. Cependant, la metteure en scène a avant tout écrit un spectacle, plus qu’un texte. Celui-ci est étroitement, voire intimement lié à la mise en scène. On sent bien que l’un ne va pas sans l’autre. Les scènes se succèdent ; les images créées penchent vers l’univers cinématographique et amènent un rythme qui emporte le spectateur dans l’histoire. L’ensemble est très efficace, servis par des comédiens charismatiques et lumineux avec, en premier lieu, Marie Nicolle dans le rôle de Claire Tabard, cette jeune femme en lutte pour survivre et faire valoir ses droits et Catherine Vinatier, dans le rôle d’Irène Frachon, le médecin, dévouée à ses malades que rien n’arrêtera. La force du spectacle tient essentiellement à leur interprétation et à la dénonciation d’un système, d’une société où les femmes doivent se plier à des normes pour exister. « Dire que j’ai avalé ces pilules parce que je voulais être jolie » nous dit l’héroïne. L’absurdité de la situation tient en une phrase.
En racontant le destin tragique d’une femme qui voulait seulement redevenir jolie, entendez : acceptable, et répondre aux normes d’une société afin d’y trouver sa place, Pauline Bureau élargit le propos en traçant de façon subtile le sort infligé aux femmes: celui d’une condition choisie à leur place et qui les oblige à la conformité; les ligote. La lutte contre l’entreprise pharmaceutique n’est plus alors seulement une réponse à l’injustice mais le symbole d’une émancipation, d’une dignité retrouvée. Dignité que la honte efface, pour avoir céder à la futilité du beau-paraître que la société exige et condamne à la fois. Le droit à l’égalité et à la reconnaissance pour les femmes devra-t-il toujours être payé au prix fort ? A voir et à méditer.

Mon cœur
Autour de l’affaire du Médiator

Texte et mise en scène de Pauline Bureau

Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rebecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier, Catherine Vinatier.

21 avril 2017 : Théâtre de Châtillon
/ http://www.theatreachatillon.com/saison1617-mon-coeur.php

25 avril 2017 : La Garance Scène Nationale de Cavaillon
/http://www.lagarance.com/La-Part-des-anges-Pauline-Bureau-auteur7881-artiste-compagnonne

28 avril 2017 : Théâtre André Malraux de Chevilly la rue
/ http://www.theatrechevillylarue.fr/spectacles/avril/mon-coeur

12 mai 2017 : Théâtre Roger Barat d’Herblay

16 et 17 mai 2017 : Le Quartz Scène Nationale de Brest
/ http://www.lequartz.com/Mon-coeur.html