Tous les articles par Julia Bianchi

LOUISE ROAM – Stargaze

Au mois de mai prochain sortira Stargaze, le troisième EP de Louise Roam, musicienne issue d’une formation classique en violon, qui s’est tournée vers la musique électronique et qui a déjà deux Ep à son actif: Raptus et Avaton, très remarqués à leur sortie. Nous l’avons rencontrée.

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STARGAZE

« Bright Star! »

En des temps très anciens, les hommes regardaient les ciels de nuits pour y voir les présages des saisons à venir. Le ciel annonçait la fin d’un cycle et le début d’un nouveau ou plutôt du renouveau : le printemps. Immobiles face aux constellations ou «sidae», on disait ces hommes sidérés. Pétrifiés face à la beauté. Cloués sur place. Comme face à l’amour. Le choc passé, venait le temps de le dé-sidération, du desiderum, c’est-à-dire : du mouvement, du désir. Le voyage pouvait commencer.
Pour son nouveau disque –Stargaze– Louise Roam nous emmène en voyage. Dans les étoiles. S’inspirant et prenant pour base dans ses compositions les bruits de l’univers, l’artiste inscrit ce 3ème EP (après Raptus et Avaton), dans la logique d’une écriture de la sidération, de l’extase et du mouvement. Les cinq nouveaux titres de cet opus tracent un chemin semblable à une ligne de vie où l’intime se déploie pour accéder à l’universalité et inversement.

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LE FILS

Quelqu’un va venir…

Le fils est une pièce courte écrite par Jon Fosse. L’histoire se déroule dans  un village de la campagne norvégienne qui, peu a peu, se désertifie. Ne restent plus que deux maisons habitées dans le hameau, celle de l’homme et de la femme et celle d’un vieux monsieur un peu louche.  Tant que chacun voit la lumière de l’autre maison allumée, en ces jours d’hiver, tout va bien. La pièce débute sur le vif d’une situation dans le foyer du couple. L’homme regarde à la fenêtre et se lamente du silence. Il ne se passe rien. La femme elle, vaque à ses occupations. Au fur et à mesure de la conversation, on comprend que le couple a un fils, que celui-ci n’est pas venu les voir depuis longtemps. Le malaise s’installe, intensifié par une atmosphère de fin des temps de plus en plus palpable. La tension monte. Le couple attend on ne sait qui, on ne sait quoi. Sans doute son fils. Tout devient alors étrange comme lorsque qu’on regarde un objet du quotidien à la loupe.  Le moindre mot, le moindre geste semble décalé, hors contexte.
Le fils débarque enfin. Pas très loquace. Il ne répond à aucune question. Est-il vraiment leur fils ? Le suspens reste entier. Quant le vieil homme entre en scène, on sent que le drame qui couvait, va se dérouler irrémédiablement. C’est fatal. Même si on ne sait de quoi il retourne jusqu’à ce qu’il advienne concrètement.
Etienne Pommeret s’est entouré pour ce spectacle de comédiens absolument magnifiques, à commencer par Sharif Andoura dont le jeu, très fin, navigue entre l’angoisse, le comique, la suspension émotionnelle. Il lui suffit d’un regard, d’un demi-sourire, d’un froncement de sourcil pour exprimer tout un monde. Et c’est sublime. A ses côtés, Sophie Rodrigues n’est pas en reste. Elle campe une mère désarçonnée, qui essaie tant bien que mal de maintenir le cap. Elle a une véritable intelligence du texte et un instinct de jeu totalement bluffant.  A eux deux ils tiennent tout le spectacle, insufflant de l’humour là où on ne s’y attend pas, révélant des facettes inattendues de l’écriture de Jon Fosse. De la dentelle.
La mise en scène quant à elle s’avère classique et très honnête. La scénographie à la fois ancrée dans la poésie et le réalisme quelque peu décalé, ajoute au sentiment d’étrangeté qui s’installe au fur et à mesure du spectacle.
A voir.

Le Fils de Jon Fosse.
Mise en scène : Etienne Pommeret
Avec Sharif Andoura, Sophie Rodrigues, Karim Marmet, Etienne Pommeret.
Scénographie :Jean-Pierre Laroche
Lumières : Jean-Yves Courcoux
Costumes : Cidalia Da Costa
Son : Valérie Bajcsa

Du 15 au 18 mai 2018 au TAPS / Scala. Strasbourg
http://www.taps.strasbourg.eu

SANDRE

L’eau qui dort

Monologue implacable, Sandre est avant tout la parole d’une femme qui a basculé et a commis un acte irréparable : celui de l’infanticide. Il s’agit bien là d’une tragédie, une de ces histoire où le destin semble prendre le pas sur le libre-arbitre des êtres. Une tragédie des temps modernes qui rappelle l’affaire des bébés congelés et celles qui ont suivi, mettant en lumière, à l’époque des faits, le concept de déni de grossesse.

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IRIS EXTATIS- Daphné

Supermerveilleuxdisk

Dans la mythologie grecque, Iris est la messagère des Dieux. Elle est communément appelée la « Déesse arc-en-ciel » pour laisser dans son sillage, lorsqu’elle descend sur terre, une trace de mille couleurs. Iris Extatis est bien à l’image de cette figure : une explosion de couleurs, un feu d’artifices. C’est un métissage de sons, de rythmes ; une ôde au voyage, à l’émerveillement et à l’amour. L’amour sous mille facettes, à la fois grave et tendre, joyeux et léger.

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LA FEMME N’EXISTE PAS

De la bombe!

Points de départ : le 1er Juillet 1946, une bombe atomique est lâchée sur l’atoll de Bikini. Une semaine plus tard, un petit commerçant de lingerie fine invente le Bikini en lançant le slogan : « Bikini, première bombe anatomique ». En 1750, Marivaux écrit La Colonie, une comédie dans laquelle les protagonistes se retrouvent sur une île perdue. Dans cette pièce, les personnages doivent se réorganiser, mettre en place des instances de décisions, un gouvernement, bref réinventer une société. Occasion rêvée pour eux et surtout pour elles de redistribuer les cartes et de remettre en question les enjeux de pouvoir et de domination. Les femmes de cette fable décident de prendre le pouvoir et de revendiquer leurs droits. Ce sera –entre autres choses- à coup de bombes de peinture, cette fois.

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D’ELLE A LUI

D’elle à lui, est un dialogue entre une comédienne-chanteuse et un pianiste. Un dialogue drôle où humour et tendresse se répondent en chansons. Passionnée par « les chansons qui racontent des histoires », Emeline Bayart met au point un récital en 2003 à sa sortie du Conservatoire. Elle peaufine ce spectacle jusqu’à aujourd’hui en le jouant entre deux projets théâtraux.
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TOUTE MA VIE J’AI FAIT DES CHOSES QUE JE SAVAIS PAS FAIRE

C’est une voix qui déchire l’obscurité. Celle d’un homme.
Lorsque la lumière se fait, on constate qu’il est allongé au sol, son corps épousant les contours dessinés d’une silhouette, telle celle que l’on trace autour d’un cadavre pour matérialiser son emplacement. L’homme qui nous parle est donc mort. Derrière lui, un mur. A ses côtés, une chaise renversée. Que lui est-il arrivé?
L’homme nous raconte son histoire, son agression ; comment, alors qu’il était tranquillement assis dans un bar en train de siroter une bière, quelqu’un est entré et l’a agressé verbalement. Il va nous raconté sa peur, voire sa terreur, son incapacité à réagir ; sa stupeur.
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ELEGIE de KATEL

De l’ombre à la lumière.

Il est de certains albums comme il en est d’une lumière irradiant soudainement une nuit d’encre. Elégie de Katel, sorti en avril 2016, est de ceux-là. Comme écrit d’un seul tenant, le disque invite à un voyage où les textes, s’ils ont gagné en épure par rapport aux deux premiers opus, n’en conservent pas moins une part de mystère et d’étrangeté que la musique – densifiée par les voix d’un choeur de femmes semblable à ceux des tragédies antiques- magnifie.
Le thème de la perte est le fil d’Ariane qui relie tous les morceaux entre eux. Le manque, l’absence, le temps qui passe, la mémoire n’en sont que les déclinaisons qui, d’un titre à l’autre, s’affinent, s’enrichissent, dissonent et finalement, se répondent formant ainsi une sorte de va–et-viens, de mouvement circulaire, semblable à une spirale dont le cœur, au bout de l’entonnoir, révèlerait le véritable propos du disque : l’amour. Parce que, même si Katel tourne autour, ne le nomme jamais, c’est bien de cela dont il s’agit. Le mot ultime de l’album – le seul a être dit une seule fois- a les couleurs d’une déclaration : un « je t’aime » qui se perd dans le silence, le silence d’une fin d’écoute, l’infini.
C’est alors qu’on se rend compte que la spirale est inversée. Elle ne plonge pas dans la terre, non. Elle monte au ciel. Elle s’accroche à cet ultime « je t’aime » qui, à rebours, donne la clé de l’énigme et qui, tel un soleil, illumine l’ensemble des mots, cette traversée que l’on vient d’accomplir, pareillement au cavalier chevauchant sur le lac de Constance et qui réalise, une fois arrivé sur l’autre rive, le chemin qu’il a fait au risque de sa vie. Un morceau placé au centre de l’album. La clé de voute de l’édifice.
C’est dans le silence, dans ce qu’il a laissé de traces en nous, dans ce qu’il a infusé, que l’album prend alors toute son ampleur et sa profondeur. On reviendra forcément dessus, on le réécoutera. Assurément. Parce qu’il parle à notre intime, notre part secrète ; ce qui ne peut être partagé et qui pourtant nous est commun. Un disque essentiel. Splendide.

Rencontre avec Katel, auteure, compositrice et interprète d’Elégie.

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