SHE

Après le splendide EP A piece of She sorti en septembre 2016, Annika and the Forest nous offre un album d’une densité rare où la relation à l’Autre et à soi-même est le cœur d’un questionnement profond et poétique. Fidèle à sa ligne pop-mélancolique, Annika Grill déploie son art de la nuance et de la variation avec un sens de la composition peu commun. Des textes ciselés, des airs entêtants : on pourrait penser -et à juste titre- que She est un recueil de tubes. Ce serait trop facile si ce n’était que cela. Et ce serait réducteur. Derrière ces mélodies qu’on fait siennes immédiatement, on trouve un véritable projet artistique qui se nourrit et mûrit au long cours. Lumineux par l’évidence qu’il dégage, She fait partie de ces disques dont on ne se lasse pas et qui se révèlent d’écoutes en écoutes. Un album indispensable. Un coup de maître.
Rencontre avec Annika Grill, artiste aux multiples talents.

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MON CŒUR

Courage, luttons !

Inspiré de l’affaire du médiator, ce coupe-faim qui, en fait, était un antidiabétique et qui fut prescrit à des milliers de personnes -en majorité des femmes- afin de perdre du poids, Mon Cœur relate l’histoire de Claire Tabard, dont la vie bascula en avalant ces pilules. Au travers de témoignages recueillis auprès de victimes, Pauline Bureau dessine une histoire sordide et scandaleuse et révèle, le cynisme d’une société haineuse des êtres, prête à sacrifier ses enfants sur l’autel d’un capitalisme galopant.

Claire Tabard est une personne ordinaire, une jeune maman qui ne parvient pas à perdre le poids qu’elle a pris pendant sa grossesse. Elle est seule à élever son enfant. Entre les biberons, les couches, le travail, la nounou, impossible d’aller à la salle de gym. L’été approche. Son médecin lui prescrit alors un coupe-faim pour l’aider à éliminer. Claire tabard avale les gélules. Commence une descente aux enfers : souffle au cœur, impossibilité de marcher, de danser. De vivre. Elle finira sur une table d’opération pour une intervention à cœur ouvert. Il faut changer les valves de celui-ci, qui ont l’âge de son arrière grand-mère.
Entre–temps, le docteur Irène Frachon recoupe des témoignages, réunit des preuves pour rendre compte de la dangerosité du médiator. Elle écrira un livre, témoignera à la radio. Les deux femmes vont alors se rencontrer et lutter ensemble afin d’obtenir réparation auprès de la firme fabricante du médicament.

Un propos qui va bien au-delà du fait divers.

Pour qui aura vu Dormir cent ans, le précédent spectacle de Pauline Bureau, Mon cœur pourra paraître plus convenu. Cependant, la metteure en scène a avant tout écrit un spectacle, plus qu’un texte. Celui-ci est étroitement, voire intimement lié à la mise en scène. On sent bien que l’un ne va pas sans l’autre. Les scènes se succèdent ; les images créées penchent vers l’univers cinématographique et amènent un rythme qui emporte le spectateur dans l’histoire. L’ensemble est très efficace, servis par des comédiens charismatiques et lumineux avec, en premier lieu, Marie Nicolle dans le rôle de Claire Tabard, cette jeune femme en lutte pour survivre et faire valoir ses droits et Catherine Vinatier, dans le rôle d’Irène Frachon, le médecin, dévouée à ses malades que rien n’arrêtera. La force du spectacle tient essentiellement à leur interprétation et à la dénonciation d’un système, d’une société où les femmes doivent se plier à des normes pour exister. « Dire que j’ai avalé ces pilules parce que je voulais être jolie » nous dit l’héroïne. L’absurdité de la situation tient en une phrase.
En racontant le destin tragique d’une femme qui voulait seulement redevenir jolie, entendez : acceptable, et répondre aux normes d’une société afin d’y trouver sa place, Pauline Bureau élargit le propos en traçant de façon subtile le sort infligé aux femmes: celui d’une condition choisie à leur place et qui les oblige à la conformité; les ligote. La lutte contre l’entreprise pharmaceutique n’est plus alors seulement une réponse à l’injustice mais le symbole d’une émancipation, d’une dignité retrouvée. Dignité que la honte efface, pour avoir céder à la futilité du beau-paraître que la société exige et condamne à la fois. Le droit à l’égalité et à la reconnaissance pour les femmes devra-t-il toujours être payé au prix fort ? A voir et à méditer.

Mon cœur
Autour de l’affaire du Médiator

Texte et mise en scène de Pauline Bureau

Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rebecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier, Catherine Vinatier.

21 avril 2017 : Théâtre de Châtillon
/ http://www.theatreachatillon.com/saison1617-mon-coeur.php

25 avril 2017 : La Garance Scène Nationale de Cavaillon
/http://www.lagarance.com/La-Part-des-anges-Pauline-Bureau-auteur7881-artiste-compagnonne

28 avril 2017 : Théâtre André Malraux de Chevilly la rue
/ http://www.theatrechevillylarue.fr/spectacles/avril/mon-coeur

12 mai 2017 : Théâtre Roger Barat d’Herblay

16 et 17 mai 2017 : Le Quartz Scène Nationale de Brest
/ http://www.lequartz.com/Mon-coeur.html