Archives pour l'étiquette ACTUALITE THEATRE

JAZ

Alexandre Zeff met en scène le beau texte de Koffi Kwahulé à la Chapelle du Verbe Incarné. Celui-ci parle d’un sujet délicat : le viol, mais surtout d’un parcours de résilience, celui de la femme –Jaz- victime de ce crime. Pour incarner ce personnage, le metteur en scène a choisi une comédienne lumineuse avec une palette de jeu considérable et un talent certain pour le chant : Ludmilla Dabo.

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A 90 DEGRÉS

C’est le soliloque d’une femme, celui d’une chute lente, que Frédérique Keddari-Devisme a écrit et mis en scène aux Théâtre des Halles à Avignon. Une femme (formidable Elisabeth Mazev), en proie l’alcoolisme, raconte son mal de vivre, son inadaptation au monde. Un spectacle à voir pour la performance de l’actrice, un sujet peu abordé au théâtre notamment du point de vue féminin et la découverte d’une auteure.

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DEFAITE DES MAITRES ET POSSESSEURS

En adaptant le roman de Vincent Message – Prix Orange du Livre 2016- Nicolas Kerszenbaum livre un spectacle puissant sur notre condition d’être au monde. Cette fable futuriste qui, au premier abord, raconte une histoire d’amour poignante trace les lignes d’un plaidoyer pour l’humanité et le vivre ensemble. Servi par deux comédiens époustouflants d’intensité retenue, Défaite des Maîtres et possesseurs est un des plus beaux spectacles de ce festival 2017.

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DEPUIS L’AUBE (ODE AU CLITORIS)

S’il y a eu Les monologues du vagin de Eve Ensler, on comptera désormais Depuis l’aube (Ode au clitoris), un spectacle d’environ une heure qui décrit, décrypte -souvent avec humour, parfois avec gravité- cet endroit de l’anatomie féminine très méconnu, sujet à fantasmes et trop souvent maltraité : le clitoris.

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UN ETE A LA LOGE

C’est l’été au Théâtre de la Loge ! Et pour ouvrir le bal, deux événements cette semaine. Le premier fut le concert d’Annika and the Forest, que nous avions interviewée en avril dernier à l’occasion de la sortie de son nouvel album She. Le second intitulé « Rien en s’oppose à la nuit » ouvrait le festival Summer of Loge. Cette soirée, organisée par Mélissa Phulpin et Candy Nguyen, est un rendez-vous qui a lieu tous les deux mois au Théâtre de la Loge à Paris. L’idée est de proposer au public une rencontre mêlant musique, création artistique et gastronomie.
Ces deux temps ont mis en lumière des artistes féminines et ont montré combien la scène musicale indépendante est créative et talentueuse.

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MON CŒUR

Courage, luttons !

Inspiré de l’affaire du médiator, ce coupe-faim qui, en fait, était un antidiabétique et qui fut prescrit à des milliers de personnes -en majorité des femmes- afin de perdre du poids, Mon Cœur relate l’histoire de Claire Tabard, dont la vie bascula en avalant ces pilules. Au travers de témoignages recueillis auprès de victimes, Pauline Bureau dessine une histoire sordide et scandaleuse et révèle, le cynisme d’une société haineuse des êtres, prête à sacrifier ses enfants sur l’autel d’un capitalisme galopant.

Claire Tabard est une personne ordinaire, une jeune maman qui ne parvient pas à perdre le poids qu’elle a pris pendant sa grossesse. Elle est seule à élever son enfant. Entre les biberons, les couches, le travail, la nounou, impossible d’aller à la salle de gym. L’été approche. Son médecin lui prescrit alors un coupe-faim pour l’aider à éliminer. Claire tabard avale les gélules. Commence une descente aux enfers : souffle au cœur, impossibilité de marcher, de danser. De vivre. Elle finira sur une table d’opération pour une intervention à cœur ouvert. Il faut changer les valves de celui-ci, qui ont l’âge de son arrière grand-mère.
Entre–temps, le docteur Irène Frachon recoupe des témoignages, réunit des preuves pour rendre compte de la dangerosité du médiator. Elle écrira un livre, témoignera à la radio. Les deux femmes vont alors se rencontrer et lutter ensemble afin d’obtenir réparation auprès de la firme fabricante du médicament.

Un propos qui va bien au-delà du fait divers.

Pour qui aura vu Dormir cent ans, le précédent spectacle de Pauline Bureau, Mon cœur pourra paraître plus convenu. Cependant, la metteure en scène a avant tout écrit un spectacle, plus qu’un texte. Celui-ci est étroitement, voire intimement lié à la mise en scène. On sent bien que l’un ne va pas sans l’autre. Les scènes se succèdent ; les images créées penchent vers l’univers cinématographique et amènent un rythme qui emporte le spectateur dans l’histoire. L’ensemble est très efficace, servis par des comédiens charismatiques et lumineux avec, en premier lieu, Marie Nicolle dans le rôle de Claire Tabard, cette jeune femme en lutte pour survivre et faire valoir ses droits et Catherine Vinatier, dans le rôle d’Irène Frachon, le médecin, dévouée à ses malades que rien n’arrêtera. La force du spectacle tient essentiellement à leur interprétation et à la dénonciation d’un système, d’une société où les femmes doivent se plier à des normes pour exister. « Dire que j’ai avalé ces pilules parce que je voulais être jolie » nous dit l’héroïne. L’absurdité de la situation tient en une phrase.
En racontant le destin tragique d’une femme qui voulait seulement redevenir jolie, entendez : acceptable, et répondre aux normes d’une société afin d’y trouver sa place, Pauline Bureau élargit le propos en traçant de façon subtile le sort infligé aux femmes: celui d’une condition choisie à leur place et qui les oblige à la conformité; les ligote. La lutte contre l’entreprise pharmaceutique n’est plus alors seulement une réponse à l’injustice mais le symbole d’une émancipation, d’une dignité retrouvée. Dignité que la honte efface, pour avoir céder à la futilité du beau-paraître que la société exige et condamne à la fois. Le droit à l’égalité et à la reconnaissance pour les femmes devra-t-il toujours être payé au prix fort ? A voir et à méditer.

Mon cœur
Autour de l’affaire du Médiator

Texte et mise en scène de Pauline Bureau

Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Rebecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Marie Nicolle, Anthony Roullier, Catherine Vinatier.

21 avril 2017 : Théâtre de Châtillon
/ http://www.theatreachatillon.com/saison1617-mon-coeur.php

25 avril 2017 : La Garance Scène Nationale de Cavaillon
/http://www.lagarance.com/La-Part-des-anges-Pauline-Bureau-auteur7881-artiste-compagnonne

28 avril 2017 : Théâtre André Malraux de Chevilly la rue
/ http://www.theatrechevillylarue.fr/spectacles/avril/mon-coeur

12 mai 2017 : Théâtre Roger Barat d’Herblay

16 et 17 mai 2017 : Le Quartz Scène Nationale de Brest
/ http://www.lequartz.com/Mon-coeur.html

4.48 PSYCHOSIS. Rencontre avec HÉLÈNE VIVIES

On l’avait repérée dans Femme de Chambre la première mise en scène de Sarah Capony (Cf : http://www.le-coryphee.com/chambre-a-rome/) dans laquelle elle jouait le rôle d’une prostituée. Depuis, Hélène Viviès n’a pas chômé: enchaînant les rôles sous la direction de François Rancillac (La Place Royale de Corneille), de Pauline Sales (J’ai bien fait ?) ou de Christian Benedetti (La Cerisaie de Tchekhov), la comédienne issue de l’ENSATT impose son talent et sa sensibilité sur la scène théâtrale subventionnée.
En ce début d’année, on la retrouve dans un texte de Sarah Kane 4.48 Psychosis, que monte Christian Benedetti au Théâtre–Studio d’Alfortville. Quasi immobile tout au long du spectacle, dans une scénographie épurée presque aride, Hélène Vivies, avec une précision remarquable et une maestria peu commune, donne à entendre une voix sortie d’outre-tombe, celle de l’auteure anglaise, décédée à l’âge de vingt-huit ans et entrée à jamais dans le Panthéon du théâtre mondial. Désespéré parce que trop lucide, le regard que Sarah Kane porte sur le monde est avant tout le regard qu’elle porte sur elle-même : un monde violent et terrassé dans lequel la seule chose à chercher et à trouver, capable de nous rendre à notre humanité, est l’amour. Hélène Viviès, tout en subtilité, entre violence et douceur, humour et inflexibilité, parvient ici à nous faire sentir le paradoxe d’une parole morbide se révélant, au bout du compte, un long cri de vie, une demande inextinguible d’amour.
Rencontre avec une comédienne passionnée et passionnante.

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UNE CHAMBRE À ROME

Nous nous sommes tant aimés.

Il est des spectacles qu’on aurait aimé avoir écrit, qu’on aurait voulu mettre en scène, qu’on souhaiterait jouer. Une chambre à Rome est de ceux là. Il donne envie. Pour son second projet, Sarah Capony signe un texte et une mise en scène tout en délicatesse, passant au crible des vies ordinaires ; celles de petites gens qui, malgré les blessures et les pierres qui les font trébucher sur leur chemin, continuent à avancer la tête haute. Six personnages hauts en couleurs qui se croisent, se rencontrent, se ratent. Six personnages incarnés par une troupe de comédiens formidables et profondément humains.
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LE MOCHE

« Miroir, Miroir… »

Lette est un ingénieur de grand talent. Lorsqu’il doit présenter l’invention qu’il vient de mettre au point lors d’un congrès, sa hiérarchie lui fait comprendre que ça ne sera pas possible. La raison ? Il est moche. Son visage n’est pas assez « vendeur ». Ce sera son assistant, dont le visage est plus attractif, qui fera la présentation. Qu’à cela ne tienne ! Lette, humilié, décide de ne pas s’avouer vaincu : il va voir un chirurgien plastique et lui demande de lui refaire le visage. Le résultat est spectaculaire.

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LA PETITE CASSEROLE D’ANATOLE

Le huitième jour…

La Compagnie Marizibill vient de poser ses valises au Théâtre Paris–Villette et nous invite à redécouvrir son dernier spectacle La Petite Casserole d’Anatole qu’elle avait présenté dans ce même lieu la saison dernière. Tiré de l’album éponyme d’Isabelle Carrier, le spectacle retrace le parcours d’un petit bonhomme encombré par sa différence et comment il va trouver les moyens de dépasser les difficultés qui l’empêchent de vivre normalement…

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