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JE SUIS FASSBINDER

« Rêver peut-être… »

A l’instar du slogan « Je suis Charlie » que l’on a vu fleurir et se décliner suite aux attentats de 2015, Falk Richter donne à sa pièce le titre de « Je suis Fassbinder » comme pour mieux signifier une situation actuelle post-traumatique qu’il est urgent de questionner. Stanislas Nordey s’empare du texte qu’il a lui-même impulsé pour répondre au projet qu’il met en œuvre au Théâtre National de Strasbourg dont il a été récemment nommé directeur. Il en résulte un spectacle hors norme en prise directe avec son époque, qui renoue avec ce que le théâtre porte de plus essentiel en lui : le politique au sens de pensée incarnée.

Quoi faire au théâtre après les attentats de 2015 ? Peut-on continuer à monter La Mouette pour la énième fois ? De quoi est-il urgent de parler ? Quel geste artistique peut-on délivrer ? Telles sont les questions qui affleurent dans ce spectacle et auxquelles tentent de répondre l’auteur, le metteur en scène et les comédiens présents sur le plateau.

Mettant en perspective à ses interrogations l’œuvre de Fassbinder, Falk Richter revient sur la période des années soixante-dix en Allemagne, période où les tensions politiques étaient à leur comble et où les tendances nationalistes refaisaient surface. Le lien entre art et politique prend alors tout son sens.

Dans son texte et sur la scène pas d’intrigue, pas de personnage ou plutôt des acteurs qui se confondent avec leur double fictif et la prise en charge d’une parole brute ; d’une parole qui se superpose aux images, lesquelles se démultiplient pour en montrer leur caractère manipulatoire, parfois vide ce qui, dans un contexte de théâtralité prend tout son sens. Confusion des époques, des images projetées avec le réel du plateau, incursions dans l’œuvre de Fassbinder, le spectacle paraît n’avoir ni queue ni tête et pourtant…ce chaos est bien celui que nous vivons. Face au désordre et à la folie, le spectateur ne peut que se demander où il va, où il est emmené.

C’est le spectacle d’un contexte, d’une époque ; un spectacle témoin où les questions qui nous occupent telles que celles des réfugiés, des nationalismes, des relations France-Allemagne sont abordées constituant petit à petit le kaléidoscope d’une identité plurielle : celle de l’Europe ; la nôtre. Le dess(e)in d’un projet commun, d’avenir, se clarifie au fur et à mesure qu’on avance dans le propos et on comprend que la tâche ne sera pas chose facile. « Mad World », la chanson emblématique des Tears for fears, qui clôt le spectacle, dépêchée du mouvement underground, post punk et avant gardiste de la new-wave dans les années 80, résonne alors comme ce qu’il reste d’une jeunesse qui voulait réinventer le monde et qui n’a finalement réussi qu’à s’y conformer. Ce triste constat serait-il une fatalité ?

L’horizon est peut-être à voir du côté de l’humour qui malgré tout perce tout au long du spectacle. Humour bienvenu dans ce qu’il laisse entendre de (auto)critique, de pensée, d’absence de compromis et d’élégance face à cette remise à plat espérée, nécessaire et sans doute utopique de notre société malade. Créer des ponts, sans complaisance, entre une réalité désenchantée et des idéaux à rêver, à se réapproprier, est sans doute ce à quoi nous convie le mieux cette pièce. On se dit alors que les sommets des montagnes ne sont plus si hauts…

JE SUIS FASSBINDER de Falk Richter
Mise en scène Stanislas Nordey et Falk Richter
Avec Thomas Gonzalez, Judith Henry, Eloise Mignon, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage.
Du 10 mai au 4 juin 2016
Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte Brun
75020 Paris ( M° Gambetta)
Réservation : 01 44 62 52 52
http://www.colline.fr

 

 

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