Darius 1

DARIUS

L’élégance de la fragrance 

Darius a 19 ans. Il est immobilisé. Lui, qui avait l’habitude de parcourir le monde, de partir loin, ailleurs, se retrouve seul avec sa mère. Comment alors lui redonner le goût des voyages, des lieux qu’il ne peut plus visiter, comment lui redonner simplement le goût de la vie ? Claire, sa mère, a une idée de génie : contacter l’un des plus grands créateurs de parfum pour faire revivre des odeurs qui ont marqué l’existence du jeune homme. Voilà le point de départ très original de la pièce Darius éditée en 2016 et écrite par Jean-Benoît Patricot et qui par l’intermédiaire de la correspondance, va se faire dialoguer sans jamais réellement se rencontrer, deux résiliences : celle de ce parfumeur Paul qui vient de perdre sa femme et celle de Claire qui craint de perdre son fils…  Dans cette version à l’Essaîon, le metteur en scène André Nerman choisit de placer côte à côte les protagonistes face public, chacun avec son bureau, sa table, son univers et nous fait passer de l’un à l’autre par le truchement des lumières.

On pourrait résumer en un mot ce Darius à l’Essaîon : magnifique ! Ce qui va se jouer sous nos yeux et pourrait-on dire sous nos narines est tout simplement sublime. Les superlatifs manqueraient presque pour décrire la force et la beauté de cette proposition. D’abord, le texte est extrêmement beau, chaque mot semble pesé comme les notes d’une partition avec une langue délicieusement châtiée et percutante à la fois. Jean-Benoît Patricot a cet immense talent de trouver les mots justes qui visent à la fois l’esprit et le coeur. Mais que serait-ce une partition sans ceux qui l’interprètent.

Catherine Aymerie et François Cognard sont absolument merveilleux dans leur rôle respectif de Claire et de Paul et vêtissent la peau de leur personnage avec une formidable élégance. Ils semblent littéralement attraper les mots, les faire pénétrer en eux comme un parfum qui parcourt tout leur être et nous les restituent de la plus belle manière qui soit. Leur jeu est subtil, profond et léger à la fois… Évitant brillamment l’écueil du pathos, ils restent extrêmement justes du début à la fin.

catherine et francois darius

Catherine Aymerie est bouleversante de vérité en mère courage qui ne se laisse jamais submerger par la fatalité et qui, éperdument, garde l’espoir d’émerveiller son fils. Par sa voix profonde, l’actrice distille subtilement les mots qu’elle couche sur le papier à lettres. Par ses regards plein de sens, elle nous prend comme témoin de cette histoire touchante. Par ses sourires en coin, elle habite Claire de légèreté et de puissance intérieure. C’est à un formidable travail d’actrice que nous assistons. catherine dariusQuant à François Cognard, il est tout bonnement parfait dans ce rôle de créateur de parfum dans lequel il glisse à la fois de la distance et de l’humour ; il incarne Paul avec une grande maestria et dévoile habilement les fêlures et les doutes du personnage. Encore une fois, tous les deux dégagent une infinie élégance et se complètent à merveille.

françois darius

Et André Nerman sait les mettre en scène comme on composerait un parfum. Il les fait s’adresser l’un à l’autre comme s’ils s’adressaient aussi à leur for intérieur. Et de temps en temps, comme une touche de senteur, cette intériorité vient éclabousser le spectateur. Cela donne des moments suspendus comme celui où Claire est assise sur une chaise extrêmement près du premier rang et nous parle presque à l’oreille. C’est sublime.

La promiscuité de cette petite salle est utilisée avec une grande intelligence et ses murs voûtés forment un bel écrin pour nous faire plonger en immersion dans cette ronde des parfums. On a réellement l’impression que les senteurs nous parviennent tant les acteurs sont proches et leurs descriptions savoureuses. Darius est un spectacle qui se ressent et qui se sent. Fragrance de résilience, fragrance de l’espoir, fragrance de ce qui reste… Une grande exaltation nous gagne en sortant du théâtre et si Darius était un parfum existant, on aimerait se le procurer immédiatement pour pouvoir garder longtemps sur soi l’odeur de ce magnifique spectacle. Allez y les yeux fermés et le nez ouvert !  

DARIUS
Auteur : Jean-Benoît Patricot
Mise en scène : André Nerman
Avec : Catherine Aymerie et François Cognard
Scénographie : Stéphanie Laurent
Création Lumière : Kosta Asmanis
https://www.facebook.com/etsionallaitautheatre
Jusqu’au 20 Mars 2022
Les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 19h30

L’ESSAÏON
6, rue Pierre au lard (à l’angle de la rue du Renard) Paris 4ème
Métro : Hôtel de Ville (ligne 1), Rambuteau (ligne 4) ou Châtelet (lignes 1,4, 7,11,14)
Réservations : 01 42 78 46 42  / essaionreservations@gmail.com ou sur www.essaion-theatre.com

Crédit Photo : Jean- François Delon 

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