I WILL SURVIVE

Femmes, je vous aime…

Pour ce dernier opus en date, Les Chiens de Navarre ont pris le parti de mordre à pleines dents l’un des sujets les plus prégnants et des plus symboliques de ces dernières décennies, un sujet que notre société éminemment patriarcale a laissé enfoui durant des siècles avant de commencer à le laisser péniblement arriver à la surface… Celui des violences conjugales et plus généralement celui des violences faites aux femmes. Certes et c’est heureux, depuis quelques temps, divers metteurs et metteuses en scènes, des chorégraphes mais aussi des cinéastes traitent davantage du sujet pour mettre en lumière une injustice terrible ou pointer du doigt la surdité des pouvoir publics… Mais c’est à travers leur prisme légendaire, celui d’un humour caustique et d’une irrévérence provocatrice que Les Chiens de Navarre, toujours mis en scène par l’emblématique Jean-Christophe Meurisse, vont s’accaparer du sujet.

Pour se faire, ils vont s’inspirer de faits réels et médiatisés comme le procès de Jacqueline Sauvage ou l’éviction du service public d’un humoriste célèbre, Tex pour ne pas le citer, après une blague très sexiste. Les tableaux qui vont alors se succéder vont nous questionner à la fois sur la violence physique, quotidienne, brutale que subit une femme poussée à bout et qui réclame justice mais aussi sur la violence verbale, celle des mots qui blessent, au prétexte d’une prétendue liberté d’expression… Et une fois n’est pas coutume, la troupe qui nous a habitué à des scènes extrêmement surréalistes dans la plupart de ces spectacles, tirant le réel vers le surréel, privilégie ici des scènes beaucoup plus intimistes, surfant sur un certain réalisme pour encore mieux faire ressortir l’absurdité des situations. Les décors sont plutôt simples ; les lumières cadrent et cernent les acteurs comme pour appuyer davantage leur propos.






Et justement, dans cette mise en scène très frontale et concentrée, les acteurs excellent, parvenant dans la même scène à nous faire hurler de rire et à nous émouvoir. Tout au long du spectacle, ils réussissent tout en incarnant des personnages souvent emprunts de tics et de tocs à nous plonger dans les coulisses d’une école, d’un commissariat, d’une émission de radio, ou encore d’une prison mettant ainsi en lumière les rouages et les méandres d’un parcours semé d’embûches… Un parcours qui va déboucher inévitablement à l’ultime phase du tribunal ; là où le public, témoin principal et intégré au processus, va prendre conscience de toute la puissance et la rage des rhétoriques et des réquisitoires.





Les Chiens de Navarre bouleversent par leur proposition car sans renier ce qui les rend singuliers, cette force de frappe jouissive qui est leur humour, ils se renouvellent en montrant qu’ils peuvent aussi nous toucher au fond du coeur, en toute simplicité et authenticité, sur un sujet si délicat à représenter. Mais il faut préciser aussi que les aficionados de tableaux suspendus, hors du temps ou même plus trash auront droit à de succulents instants comme celui des « 5 fruits et légumes » dont nous nous dévoilerons rien pour vous laisser la surprise !



Un opus nécessaire et très intelligemment pensé, qui rend justice aux femmes violentées et résiliantes ; une ode aux survivantes et à leur combat ; Les Chiens de Navarre méritent amplement leur Molière du meilleur spectacle de théâtre public 2026. Il était temps… Plus que quelques jours, dépêchez vous !

I WILL SURVIVE
Les Chiens de Navarre
Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse 
Collaboration artistique : Amélie Philippe 
Avec : Delphine Baril, Lula Hugot, Charlotte Laemmel, Anthony Paliotti, Gaëtan Peau, Georges Slowick, Fred Tousch (en alternance avec Philippe Rebbot)

Scénographie : François Gauthier- Lafaye 
Régie générale et régie plateau : Nicolas Guellier 
Création et régie lumière : Stéphane Lebaleur 
Création et régie son : Pierre Routin 
Création et régie costumes : Sophie Rossignol et Corinne Paupéré 
Régie plateau : Anouck Dubuisson 
Regard chorégraphique : Céleste Vinot
Vidéo : Baptiste Klein 
Direction de production :  Antoine Blesson 
Administration de production : Jason Abajo 
Chargée de production : Marianne Mouzet 
Chargée de figuration : Flora Courouge 

Jusqu’au 27 juin 2026
Du mardi au samedi à 20h00, le dimanche à 16h00.

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle Paris 10ème
Métro : la Chapelle (ligne 2)
Réservations : 01 46 07 34 50 ou sur http://www.bouffesdunord.com


 





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