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ALLOSAURUS [même rue, même cabine]

Recherche Suzanne désespérément…

Le saviez-vous ? L’ Allosaurus Fragilis est un dinosaure ayant vécu il y a 150 millions d’années en Amérique du Nord et en Europe… La cabine téléphonique est aussi une sorte de dinosaure, une espèce beaucoup plus récente certes mais qui a elle aussi complètement disparue. Pour celles et ceux qui l’ont connue, une sorte de rituel accompagnait son usage :  s’y introduire et s’y enfermer en rabattant les deux portes vitrées, décrocher le combiné, introduire sa carte  prépayée avec ses unités, composer le numéro et dire « Allo… ». Voilà déjà le décor planté d’un objet nostalgique que les comédiens de la compagnie F.R.U.I.C vont investir. Trois personnages vont se croiser, chacun dans leur solitude, chacun cherchant à joindre quelqu’un d’autre à travers le combiné de cette cabine téléphonique qui devient en quelque sorte leur confessionnal. Un homme cherche à joindre sa fille disparue, une femme un peu fantasque appelle des anonymes au hasard et tombe sur une Suzanne qu’elle tentera de joindre à nouveau ; un homme travesti appelle sa mère en maison de retraite qui semble perdre la boule et le confond systématiquement avec son frère… Ces trois destins vont s’entrecouper, se répondre, se reconnaitre  dans une quête d’amour entre espoir et désillusion…

Le spectacle va se donner en tri-frontal, la majorité du public est installée en gradin central et quelques personnes sur les côtés du plateau. La cabine téléphonique est le point névralgique, la bouée de secours, le phare lumineux qui va attirer nos trois protagonistes comme des insectes, les faire tourner autour, dormir dedans, y vivre comme si elle devenait soudainement leur abri, leur demeure… Au fond de la scène, un musicien et bruiteur va les accompagner tout au long de leurs récits avec divers instruments, guitare ou synthé.

Nous assistons alors aux premiers coups de fil et une ambiance étrange, teintée d’onirisme envahit la salle dès que les conversations débutent. Nous sommes immédiatement happés par l’incroyable émotion que dégage les trois formidables comédiens qui délivrent un texte merveilleusement bien écrit et dont les personnages nous sont immédiatement emphatiques. Chacune de leur singulière histoire nous touche et nous parvient en plein coeur, résonne en nous et nous émeut profondément. Un suspens s’installe dès lors pour espérer avec eux qu’ils trouvent une issue à leurs quêtes…

Le dispositif et la mise en scène sont extrêmement ingénieux ; les acteurs surgissent du public pour se succéder dans la cabine et parfois se rencontrent, se parlent brièvement, se soutiennent ou se « cognent » les uns aux autres. La musique envoûtante et les sons omniprésents, en live enveloppent les personnages comme dans un film, servant de bande originale à l’histoire de leurs vies. Des scènes surréalistes se créent parfois sous nos yeux grâce à la participation de personnes d’un public précédent, briefées en amont qui composent un choeur de passants ou d’habitants de cette rue sombre ; une meute tour à tour effrayante ou aimante.

Des moments d’une poésie rare, suspendus, aériens viennent aussi compléter le tableau et nous font basculer dans un monde rêvé, espéré, assoiffé d’amour et d’humanité qui contraste avec la dure réalité et  le réalisme des échanges téléphoniques. Allosaurus est un spectrale unique, à part, d’une originalité folle qui convoque l’intime le temps d’un appel et nous rappelle que dans notre monde connecté, l’angoisse de ne plus être rappelé, de perdre de vue quelqu’un n’existent presque plus…

Allosaurus en nous aspirant dans sa cabine confessionnelle fait resurgir l’essentiel, la part d’humanité enfouie en chacun de nous et nous fait prendre conscience de l’extraordinaire pouvoir d’aimer et que nous pouvons vivre nos existences comme une poésie éternelle et fraternelle. Courez voir cet Allosaurus bien vivant, une espèce rare et précieuse car vous n’aurez pas l’occasion d’en voir un autre comme celui-ci !

Allosaurus
[même rue, même cabine]
Cie f.o.u.i.c
Écriture : Jean-Christophe Dollé
Mise en scène  : Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé
Jeu :  Yann de Monterno, Clotilde Morgiève, Jean-Christophe Dollé Musicien en live Noé Dollé / Scénographie et Costumes : Marie Hervé /  Lumières : Simon Demeslay / Son : Soizic Tietto / Musiques : Noé et Jean-Christophe Dollé Production et Diffusion Barbara Sorin

Du 7 novembre au 2 décembre 2023
Du mardi au samedi à 20h30

Théâtre-Studio – Direction C.Benedetti
16 rue Marcelin Berthelot – 94140 Alfortville
Métro : Station École Vétérinaire de  Maison-Alfort (ligne 8)
Réservations : 01 43 76 86 56 ou  www.theatre-studio.com

Dates de tournée à venir :
Samedi 16 décembre 2023 à 20h30 La Fraternelle, Saint-Claude (39)
Mercredi 3 avril 2024 à 20h, Les Théâtres de Saint-Malo, Pôle jeunesse (35)

Crédit photo : © Pascal Gely

 

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